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QUESTION
DE SÉCURITÉ
Une lectrice, que je remercie de ses aimables
lignes, me pose une intéressante question à propos d’un emploi
insolite du verbe «sécuriser ».
Dans un journal valaisan, on pouvait lire qu’une petite chapelle de
montagne était menacée par un rocher en surplomb qu’il était urgent
de sécuriser.
« Je pensais, écrit notre correspondante, qu’on ne pouvait que
sécuriser quelqu’un et non…. un rocher ! » Le fait est
que «sécuriser
un rocher » apparaît comme une formule assez
saugrenue qui a de quoi surprendre, mais elle n’est pas totalement
absurde. Voyons pourquoi.
De création relativement récente (vers 1950), le verbe sécuriser a trouvé son premier et principal
emploi en psychologie. Avec le sens de «donner un sentiment de
sécurité », «mettre en confiance » ou «rassurer »,
il ne s’appliquait donc qu’à des personnes. Et ce fut encore le cas
lorsque, très rapidement, «sécuriser » passa dans le langage
courant.
Seulement voilà : le verbe «sécuriser » ayant été créé
sur «sécurité », on s’en est peu à peu servi dans des
contextes tout différents et purement matériels, en lui donnant alors
le sens d «accroître la sécurité », «rendre plus
sûr ».
C’est ainsi qu’on en vint, assez récemment, à parler par exemple
des mesures propres à «sécuriser le trafic » ou de la
nécessité de «sécuriser les centrales nucléaires ».
On peut regretter ou critiquer de tels glissements de sens, mais
finalement ne démontrent-ils pas simplement que le français est une
langue qui vit et évolue ?
©
Daniel Burnand
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N’EN
JETEZ PLUS !
J’ai
toujours eu tendance à considérer d’instinct toute création de mots
nouveaux comme une atteinte à l’intégrité de notre langue, du moins
jusqu’au moment où leur apparition éventuelle dans le dictionnaire
leur conférait une relative légitimité et le droit à l’existence.
Mais depuis quelque temps, mon jugement s’est fait plus nuancé, et
c’est avec une certaine sympathie que j’accueille ici où là telle
habille création lexicale, à la double condition qu’elle obéisse aux
règles relatives à la formation des mots français et qu’elle comble
une indiscutable lacune de notre vocabulaire. En revanche, je déplore
l’invasion actuelle de ces vocables à la fois laids et ridicules,
composés à partir de mots existants qu’on dote d’un suffixe, parfois
préfixe, destinés à leur donner un sens nouveau. Les exemples abondent,
et depuis quelques semaines j’en ai réuni une assez jolie collection.
Que
pensez-vous, amis lecteurs, de la «financiérisation » d’une
entreprise, de la «disciplinarisation » des rapports de travail, de
«l’escalation » de la violence ? Comment jugez-vous «l’inemployabilité »
d’une méthode, la «nusibilité » d’un produit, la «sinistralité »
en progrès, la «traçabilité » des citoyens, la «sériosité »
d’une entreprise ou même «l’intranquillité » des banlieues ?
Et que dire des risques de «moisissurage », de l’importance du «fourniturage »,
sans parler des progrès «automatisationnels », des tentatives «désinformationnelles »
ou de la «désidéalisation » d’une vedette ?
Alors,
à votre avis : réjouissant ou pesant galimatias ? A vous de
juger !
©
Daniel Burnand
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POINTS
D’EAU
Lors d’une
causerie toute récente, le conférencier invité comparaît le monde où
nous vivons à un «désert social » dans lequel chacun devrait être
«un oasis pour l’autre ». Belle image et beau programme assurément…….
à un détail près : c’est d’une oasis qu’il s’agit. Il est
vrai que règne, à propos du genre de ce mot, un certain flottement qui
n’a pourtant aucune raison d’être. Pourquoi ?
« Oasis » est un mot
d’origine égyptienne qui, bien avant de figurer dans nombre de
dictionnaires d’Europe et d’ailleurs, avait été adopté
successivement par le grec ancien et le latin. Or, en ce qui concerne le
genre du mot, on constate que tant en langue arabe qu’en grec et en
latin, on a toujours affaire à un féminin. N’est-ce pas là une raison
largement suffisante pour parler exclusivement d’une
oasis ?
Dans un texte d’agence, il nous
était rapporté qu’à l’occasion d’un sommet africano-européen, le
dirigeant libyen avait «jeté un pavé dans la marre ».
Le choix de l’expression est heureux, mais c’est l’orthographe
qui pêche. Bien que d’origine scandinave, le mot «mare»,
synonyme d’étang, n’est pas sans lien avec le latin «mare »,
l’allemand «Meer » ou l’anglais «mere » (lac ou étang ).
Aucune raison donc de l’affubler d’un double r,
qu’on réservera à la locution «en avoir marre » dont, soit
dit en passant, l’origine reste incertaine.
©
Daniel Burnand
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SEULEMENT
TOUS LES DEUX ANS
Il
est réjouissant de constater que bien des gens sont intéressés par
tout ce qui touche à notre langue et se posent souvent des questions
à son sujet. Ainsi, dans un récent «courrier des lecteurs »,
l’un d’eux s’étonnait que le dictionnaire ne donne à
l’adjectif «bisannuel »
que le sens de «qui revient tous les deux ans », alors que ce
mot est parfois utilisé dans le sens de «semi-annuel ».
Je
ne puis, dans le cas particulier, que donner raison……. au
dictionnaire ! En effet, ce que les utilisateurs demandent à un
dictionnaire, c’est de leur fournir le sens exact d’un mot et non
– bien qu’il juge parfois bon de le faire – d’enregistrer le
ou les sens qu’on lui
donne par erreur. Ainsi par exemple, l’emploi si fréquent d «investir »
dans le sens d’ «envahir », ou de «vilipender »
dans celui de «dilapider » constitue, qu’on le veuille ou
non, une indéniable faute de français, faute en tout point
comparable à celle qu’on commet en donnant à «bisannuel »
(synonyme de «biennal ») le sens de «semi-annuel ». En
tout état de cause, le préfixe bi-
(ou bis-), d’origine latine, n’a jamais le sens de «demi » :
il multiplie par deux, comme le montrent à l’évidence des mots
comme bilingue, biplace, bigame, bilatéral ou
Bicyclette.
© Daniel
Burnand
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QUI EST SON
PAIR?
Je
viens de tomber, dans la rubrique sportive d’un grand quotidien, sur
une faute d’orthographe d’une cocasserie involontaire. Interrogée
à l’issue d’un match qu’elle venait de remporter haut la main,
Martina Hingis cherchait charitablement des excuses à son adversaire
malheureuse. Commentaire du journaliste «On ne peut lui en vouloir de
défendre ses paires » (sic !)
Paires
de gants, paires de bas ou paires de claques ? serait-on tenté
de demander. – Mais non, on se doute bien que le journaliste
ignorait simplement qu’employé comme substantif, le mot pair
– qui signifie «égal » et appartient à la même famille que
«parité » - est exclusivement masculin. En dehors de son
emploi spécifique pour désigner en Grande Bretagne un membre de la
Chambre des Lords (ou Chambre des pairs), on ne le trouve plus guère
que dans les expressions «hors pair », c’est-à-dire «sans
égal », et «être jugé par ses pairs », c’est-à-dire
par ses égaux, par des personnes qui se trouvent avoir le même rang,
la même situation sociale ou la même fonction que la personne jugée.
Peut-être
convient-il d’ajouter que le féminin du substantif «pair »
existe bel et bien : il s’agit du mot «pairesse » (de
l’anglais «peeress »), aussi laid que peu usuel, et qui ne
s’applique qu’à l’épouse d’un pair ou alors à une femme
anglaise possédant personnellement un titre de noblesse.
©
Daniel Burnand
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SANS LONGS
COMMENTAIRES
Passons aujourd'hui en revue quelques erreurs relevées ces derniers temps dans la presse, car elles sont de celles qu'on retrouve périodiquement.
A propos d'une escroquerie, on nous informait que plainte avait été déposée. " Et pourtant, précisait-on, l'affaire était
bénine. " Non, le féminin des deux adjectifs "bénin " et "malin " (qui soit dit en passant ne s'opposent que dans le domaine médical) est bénigne et maligne.
Dans le compte rendu d'un procès, il nous est dit que "le Tribunal estime que l'accusée n'a pas porté atteinte aux intérêts pécuniers de son époux ". Non l'adjectif
"pécunier " n'existe pas : il s'agit en réalité d'intérêts pécuniaires, adjectif qui, exactement comme "judiciaire ", "ferroviaire " ou "auxiliaire ", a la même forme au féminin et au masculin.
Un groupe de touristes a séjourné quelques temps dans notre région. " La semaine prochaine, pouvait-on lire, ils parcoureront l'Europe. " Non, ce serait là le futur d'un improbable verbe
"parcourer ", alors que le verbe "courir " et ses composés font au futur "ils courront, parcourront, accourront, secourront, etc. "
Dans une phrase relative aux prochaines votations, il était question d' "arguments hystériques dont on nous rabat les oreilles ". Non, le fait de répéter à satiété les mêmes choses, c'est "rebattre les oreilles ". Tout au plus, pourrait-on imaginer un chapeau trop grand qui "rabattrait les oreilles de son propriétaire ! "
© Daniel Burnand
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CRÉANT
OU CROYANT
Un
lecteur me soumet la phrase suivante, relevée dans le «courrier des
lecteurs » : « Depuis deux mille ans, il y a des
mécréants dans toutes les religions ; chacune veut être la vraie
et la meilleure. » Notre lecteur a l’impression que le mot mécréant
est ici utilisé «de façon incompréhensible », et il souhaiterait
connaître «la signification et l’utilisation correcte de ce
substantif ».
Il
faut reconnaître que le mot «mécréant » n’est ici guère
approprié, puisqu’il désigne celui qui, par définition, n’a pas de
religion !
Mais
examinons le mot de plus près : il en vaut la peine.
« Mécréant » est en fait le participe
présent du vieux verbe «mescroire », formé du verbe
«croire » et de la particule mé(s)-. D’origine
germanique (elle est à rapprocher du «miss » allemand), cette
particule se retrouve dans plusieurs mots français où elle a chaque fois
une valeur négative ou péjorative. Prenons pour exemples des verbes
comme mé-connaître, se mé-fier, més-estimer, mé-contenter ou des noms
comme més-entente, mé-fait, més-aventure,
més-alliance, més-intelligence, mé-garde, etc. Dans la même ligne,
« mé-créant » (ou
mé-croyant) est donc synonyme d’ « incroyant » ou
«sans croyance religieuse ».
Mais
venons-en à notre verbe mystère de l’autre jour. Le seul verbe qui
ne prenne pas d’accent circonflexe à la première et à la deuxième
personne du pluriel du passé simple est... haïr.
La présence du tréma rend impossible l’adjonction d’un circonflexe.
C.Q.F.C !
©
Daniel Burnand
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DOUBLE
EMPLOI ?
Un
lecteur veveysan se dit agacé par l’emploi répété de la locution «voire
même », qui lui apparaît comme l’addition inutile et abusive
de deux synonymes.
Notre
correspondant a raison : les deux mots se recouvrent, puisque le
vieil adverbe «voire » (qui soit dit en passant, n’a rien de commun avec
le verbe «voir ») a le plus souvent le sens de «et même ».
Exemples : Il se montre souvent impoli, voire agressif, ou bien : cela peut durer des mois, voire
des années. Ajouter «même »
à ces deux «voire » équivaudrait
donc bien à un pléonasme, critiqué du reste par plus d’un
spécialiste. Il est toutefois intéressant de relever que l’emploi de
«voire même » est attesté au début du... XVIIe siècle
déjà ! Serait-ce alors par égard pour son grand âge que cette
expression discutable a été très officiellement admise par l’Académie
français.
*
*
*
Une
fois
n’est pas coutume : je souhaite pour terminer proposer une petite
devinette aux lecteurs qu’intéressent les questions grammaticales et
orthographiques. On sait que tous les verbes français prennent un
circonflexe à la première et à la deuxième personne du pluriel du
passé simple (nous fûmes, vous eûtes, nous allâmes, nous partîmes,
etc.)Tous les verbes vraiment ? – Eh non ! Je viens de m’aviser
qu’il y en a un, un seul, qui fait exception. Lequel ? (réponse dans la prochaine
chronique)
©
Daniel
Burnand
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DU SUD-EST AU
NORD-OUEST
Une
lectrice d’origine hollandaise s’étonne du flou qui lui semble
caractériser l’orthographe des points cardinaux. « Ne
devraient-ils pas s’écrire toujours avec une majuscule ? »,
se demande-t-elle. Ce serait évidemment beaucoup plus simple, et
pourtant je ne pense pas que la question y gagnerait en clarté.
Qu’il
y ait un certain flottement en la matière me paraît difficilement
contestable, et cela tient sans doute au fait qu’on aurait quelque
peine à énoncer une règle à la fois simple et précise. Tentons néanmoins
de clarifier un peu les choses à l’aide de deux remarques. Si les
quatre points cardinaux indiquent simplement une direction, une
orientation ou s’ils sont suivis d’un complément avec «de »,
on les écrira avec une minuscule :
la paroi nord de l’Eiger,
un fort vent d’ouest, dans
le sud du pays, à l’est
du Rhône, la chambre donne au nord,
etc. En revanche, si les points cardinaux désignent une région, une
certaine étendue de pays ou une partie du monde, et s’ils ne sont pas
suivis d’un complément avec «de », ils s’écrivent avec une majuscule : L’Afrique du Nord,
les pays de l’Est, le Sud
tunisien, l’Amérique du Sud,
l’ancienne Allemagne de l’Est,
etc. On distinguera de même le midi
de la France avec l’accent du Midi.
Le
flou initial a-t-il fait place à une image un peu plus nette ?
© Daniel
Burnand
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FAUX
PAS
Dans
le compte rendu de la réception organisée récemment à l’intention
des acteurs et figurants veveysans de la Fête des Vignerons, il était
fait mention d’un repas au cours duquel «les anecdotes et les
souvenirs ont marqué le
pas sur la nostalgie ». Bien que le lecteur ait probablement
compris ce qu’on a ici voulu exprimer, il n’en demeure pas moins
qu’ainsi formulée, la phrase ne veut malheureusement rien dire.
L’expression
«marquer le pas » a une signification bien précise qui ne
cadre pas avec celle de la phrase. L’origine en est militaire.
Lorsqu’une colonne de soldats qui marchent au pas est contrainte de
s’arrêter, l’officier peut donner l’ordre de «marquer le pas »,
c’est à dire de conserver la cadence des pas, mais sans avancer :
les hommes alors «font du surplace ». Au sens figuré, «marquer
le pas » signifie donc tout naturellement «ne plus progresser »,
et l’on dira par exemple, si des pourparlers s’enlisent ou tardent
à déboucher sur un accord, que les négociations marquent le pas.
Mais
revenons à notre repas. Pour exprimer le fait que l’évocation de
bons souvenirs l’emporte sur
la nostalgie, on pourra – si l’on tient à conserver le mot «pas »
- recourir à la formule (un peu vieille peut-être mais parfaitement
correcte et appropriée) «prendre
le pas sur ». On écrira alors qu’ «anecdotes et
souvenirs ont pris le pas sur la nostalgie ».
© Daniel
Burnand
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ÉTRANGLEMENT ET ÉCLATEMENT
Un
grand club d’automobilistes lance actuellement une initiative visant à
améliorer les conditions de circulation. Parmi les mesures préconisées
figure la suppression d’un certain nombre de «goulots
d’étranglement ».
Il y a là confusion entre deux mots que lie une étroite parenté : « goulot »
et «goulet ».
Ils constituent tous deux un diminutif du vieux mot «goule », qui
nous a donné par ailleurs des mots comme «goulée » ou «gueule ».
Le goulot,
on le sait, n’est autre que le col d’une bouteille (boire au goulot ),
et c’est le mot goulet
qui
désigne
un passage étroit.
Je
relève un curieux titre relatif au remaniement d’une administration
communale de notre région : «Plus
de big boss, on éclate la structure ».
Va pour le «big boss »,
(encore que «grand patron » ne me paraisse pas mériter d’être
écarté à tout prix !), mais «éclater une structure » est
une formule que je qualifierai…. d’audacieuse. En effet, même si la
forme pronominale «s’éclater » est aujourd’hui d’usage
courant dans la langue familière, le verbe «éclater » est par
essence un verbe intransitif(l’orage éclate, un pneu
éclate, on éclate de rire, etc.) : on évitera donc de lui imposer
quelque complément que ce soit. Et plutôt que’«d’éclater la
structure », qu’on se contente de la modifier, de la transformer,
de la bousculer, de la renouveler, de la disloquer ou de la chambouler !
© Daniel
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VRAIMENT SALE ?
Quiconque se rend actuellement au Centre
commercial St Antoine, et plus précisément dans le plus grand magasin de
la place, découvre avec une surprise mêlée de perplexité que nombre de
rayons sont surmontés d’un immense panneau où le mot
"SALE " vous saute aux yeux. "Tiens, se dit-on dans un
premier temps, intrigué par cet avertissement insolite, se pourrait-il
que les conditions de transport aient été si sérieusement affectées
par les violentes intempéries de fin décembre, que certaines
marchandises aient été tachées, maculées, salies, contraignant de ce
fait la direction à les liquider dans ce triste état ? ".
Dans un deuxième temps, en s’approchant des
panneaux en question, on s’avise qu’en dessous du gigantesque mot
"SALE " figurent, en caractères beaucoup plus petits, les
trois mots "soldes ", "Sonderverkauf " et
"saldi ". Alors tout s’éclaire : ce qui nous est
présenté comme "sale " est en réalité proposé en
solde, puisque, dans la langue de James Bond, le mot
"sale " peut fort bien désigner une vente de soldes !
Mais on est en droit de se demander pour quelles étranges raisons, pour
quels contestables impératifs commerciaux, on a cru bon, au cœur de
notre beau pays de Vaud, de choisir prioritairement l’anglais pour faire
savoir à la clientèle qu’on se trouve en période de
soldes ! !
© Daniel Burnand
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MESURER
N’ EST PAS GAGNER !
Les amateurs de tennis n’ont sans doute pas
oublié que, lors du récent tournoi de Munich, Martina Hingis, deux jours
avant de s’incliner devant l’aînée des sœurs Williams, avait battu
la Française Amélie Mauresmo. Si j’évoque ici cette victoire, c’est
qu’au lendemain de ce match deux quotidiens, pour rapporter l’événement,
usaient l’un et l’autre d’une expression dont le sens me semble
avoir été mal compris. Il nous était dit que pour la cinquième fois en
six matches, notre compatriote avait "pris la mesure " de
la Française. Cela devait évidemment signifier que Martina venait de
remporter sa cinquième victoire sur cette joueuse, mais "prendre la
mesure " de quelqu’un ne signifie nullement le vaincre !
Chacun sait, bien sûr, ce que veut dire
"prendre les mesures " (c’est à dire les dimensions) d’une
chose. Il est évident que cela n’a rien à voir avec la formule qui
nous occupe, puisqu’il est ici question de prendre la mesure, non d’une
chose mais d’une personne. Quel est alors le sens exact de cette
expression ? Essayons de l’illustrer par un exemple. Si l’on dit
que lors d’un débat l’un des participants a rapidement "pris la
mesure " de son adversaire, cela signifie qu’il l’a jaugé,
qu’il a évalué aussi bien ses qualités et ses compétences que ses
faiblesses et ses lacunes. Il est donc hautement probable que dans chacun
de ses matchs, Martina est à même de "prendre la mesure "
de son adversaire, mais cette formule n’implique absolument pas qu’elle
va de ce fait remporter la victoire.
©Daniel Burnand
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