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LES
RISQUES DE L’À-PEU-PRÈS
Il
est fréquent qu’un mot – il s’agit le plus souvent d’un verbe
– soit utilisé dans un sens qui n’est pas le sien, et neuf
fois sur dix l’erreur procède simplement d’une
ressemblance plus ou moins marquée entre deux vocables. Voyons en
deux exemples s’ajoutant à ceux dont j’ai déjà eu l’occasion
de parler.
L’autre
jour, sur les ondes romandes, un chroniqueur évoquait ce qu’il
appelait «les sanglants massacres perpétués par le dernier des
tsars ». L’erreur est évidente : on a confondu deux
verbes qui ont en commun huit lettres sur neuf, perpétuer et perpétrer.
« Perpétrer » est synonyme de «commettre », avec
un complément à contenu nettement péjoratif
(crime, forfait, attentat, massacre, etc.), alors que «perpétuer »,
à rapprocher de «perpétuel » ou «perpétuité »,
signifie «faire durer le plus longtemps possible » : on
perpétue une tradition, une légende, le souvenir d’une personnalité
ou d’un événement : on peut aussi chercher à perpétuer une
espèce.
L’autre
erreur est plus surprenante. Quelqu’un, dans le courrier des
lecteurs d’un grand quotidien, jugeait excessive la confiance
aveugle souvent accordée à l’ordinateur et souhaitait qu’on
sache «disséquer les données
de l’informatique et l’intelligence humaine ». Le verbe
approprié me semble en l’occurrence «dissocier »,
c’est-à-dire «séparer nettement ». Le verbe «disséquer »,
lui, s’applique soit à un cadavre avec le sens de «découper »,
soit à un texte avec le sens «d’analyser minutieusement ».
©
Daniel Burnand 2001
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AUCUNE
RAISON DE RENTRER !
Parmi
les nombreux préfixes que comporte notre langue, un des plus courants
est sans conteste le préfixe re- : accolé à quelque verbe que ce soit, il en modifie le
sens, exprimant généralement la répétition (refaire, redire,
repeindre, recompter, relire, etc.) ou le retour au point de départ
(revenir, reconduire, recoucher, redescendre, redonner, etc.). Faire la
distinction entre faire et
refaire, commencer et recommencer ou voir
et revoir ne me paraît pas constituer une difficulté majeure dans
l’apprentissage ou la compréhension de notre langue. Et même dans
les cas relativement nombreux où le préfixe re-
se limite à un simple r-
devant une voyelle, le sens de verbes comme récrire,
rouvrir ou rallumer se distingue aisément de celui des verbes écrire,
ouvrir et allumer. Et
pourtant...
Je
suis sûr que bien des lecteurs s’interrogent comme moi sur la très
critiquable habitude d’utiliser à tout bout de champ le verbe rentrer
en lieu et place d’entrer.
Après avoir envahi la France, cette fâcheuse manie s’est répandue
chez nous. Et bien que cet étrange phénomène soit bien connu,
puisqu’il se manifeste quotidiennement, je souhaite en citer quelques
éloquents exemples recueillis en deux ou trois jours dans la presse :
«Il s’agit là d’un autre débat dans lequel je n’ai pas envie de
rentrer. » «Après le
refus de l’Angleterre de rentrer
dans l’euro (…). » «On a le droit de vivre comme tout le
monde, même si on ne rentre
pas dans le moule parfait de cette société. » «Après levée
des oppositions, le projet pourra rentrer
dans sa phase concrète de réalisation. » Est-ce suffisamment
convaincant ?
©
Daniel
Burnand 2001
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DU
FIL À RETORDRE !
De
la Tour de Peilz me parvient la lettre d’une lectrice qui
souhaiterait que soit traité «le sujet du doublement de certaines
consonnes entre deux voyelles, tel celui du n après la lettre o,
comme dans «couronne »
par exemple ».
« Bonne
question ! », suis-je tenté de répondre, comme le font
volontiers ceux auxquels une question à la fois pertinente et
embarrassante est posée. On touche là en effet à un des chapitres
les plus délicats de l’orthographe française et, sur ce point précis,
aucune grammaire ne sera en mesure de nous préserver de tout faux
pas. Pourquoi ?
Il
existe dans notre langue près de… 290 familles de mots dérivés
d’un substantif en –on, comme par exemple béton > bétonnage, passion > passionnel,
bouton > boutonneux,
maison > maisonnette,
bourdon > bourdonner ou
bonbon > bonbonnière.
Or la règle orthographique qui les concerne ne s’applique
malheureusement pas à tous. Tout ce qu’on peut dire, c’est que
pour la plupart de ces dérivés (environ 250), le n est doublé, comme dans les six exemples cités plus haut.
Pour
une trentaine d’autres, un seul n
s’impose : timon > timonier,
région > régional,
violon > violoniste,
nation > national ou
poumon > s’époumoner.
Pour une dizaine enfin, on trouve tantôt deux n,
tantôt un : don > donneur
mais donateur, patron >
patronner mais patronat, son > sonnerie
mais sonore, tradition >
traditionnel mais traditionaliste ! Et comme il ne m’appartient pas de simplifier quoi
que ce soit…
©
Daniel
Burnand 2001
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MEPRISES
Passons
en revue quelques bévues relevées ici ou là dans la presse, et commençons
par le programme d’une fête villageoise comportant le cortège
traditionnel qui, nous dit-on, «sera suivi dès 18.30 h, d’une aubade
de la fanfare ». Non, il ne peut s’agir d’une aubade, puisque
ce nom dérive du mot «aube » et ne devrait donc désigner
qu’un concert donné de bon matin. A l’aubade s’oppose la sérénade,
concert du soir, qu’on imagine volontiers donné sous un balcon !
Dans
un article consacré à la famille, on faisait remarquer que «petits-enfants,
grands-parents et arrières-grands-parents
entretiennent souvent d’étroites relations ». Or, le mot arrière
qui, comme nom, prend la marque du pluriel (assurer ses arrières)
demeure en revanche invariable aussi bien comme adjectif (les roues arrière,
les sièges arrière) que comme élément adverbial d’un mot composé.
On écrit donc des arrière-grands-parents, de même que des arrière-boutiques ou des arrière-pensées,
par exemple.
A
propos d’une troupe d’amateurs se produisant à Vevey, on pouvait
lire en sous-titre : « La joyeuse troupe investit à nouveau
le théâtre ». Sûrement pas ! Rappelons en effet qu’investir un lieu ne signifie nullement y entrer ou l’occuper,
investir une maison, un quartier, un village, une position militaire,
etc., c’est les entourer de troupes, les cerner ou les assiéger.
©
Daniel
Burnand
2001
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EPINEUX !
Il est
grand temps de répondre à la question que se pose une lectrice qui
n‘est sans doute pas la seule à se la poser. Elle se demande en effet
s’il n’existerait pas une règle permettant de savoir à coup sûr
si, à l'intérieur d'un mot, telle ou telle consonne doit être doublée
ou non. Et notre correspondante cite à ce sujet des substantifs comme
«bananier » (par
opposition à «citronnier »,
par exemple) ou comme «bal(l)ade ».
Il y a
quelques semaines, j’avais déjà évoqué ce type de problème
orthographique et relevé à ce propos les anomalies et absurdités que
révèle le rapprochement de mots comme combatif
et combattant, donner et donateur,
honneur et honorable ou imbécile
et imbécillité ! Je
n’avais pu que constater à regret qu’aucune règle satisfaisante
n’était à même de nous aider dans ces choix parfois difficiles :
même l’étymologie n’est le plus souvent d’aucun secours.
Toutefois, et pour en revenir à notre «bananier », il est
possible de faire une remarque qui pourra, je l’espère, être utile
à ceux qui ont le souci d’une orthographe correcte : après une
voyelle, la terminaison –nier,
très fréquente, ne prend qu’un
n après a, e, i
et u (seule exception : « vannier »), et
deux n après o, à l’exception
d’un ou deux mots, comme «timonier » ou «nautonier ».
Quant au mot «bal(l)ade », il ne prend qu’un seul l
quand il est synonyme de promenade, mais en exige deux quand il
ressortit à la musique ou à la poésie.
© Daniel Burnand
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UN
DRÔLE DE P’TIT MOT
A propos des J.O. de Sydney, un journaliste faisait remarquer que cette gigantesque manifestation sportive n'avait en fait révélé aucun véritable héros, car, écrivait-il, "les stars annoncées ont peu ou prou failli ". Arrêtons-nous à cette curieuse locution qui réunit un adverbe
archi-connu et un autre aussi insolite que rarissime.
" Peu ou prou " signifie, comme on sait, "peu ou beaucoup " et équivaut souvent à "plus ou moins " (il se sent peu ou prou responsable de cet échec). L'emploi de cette expression est attestée déjà vers 1600, ce qui explique la façon inattendue dont Vaugelas, savant grammairien du XVIIe siècle et membre de l'Académie présente le mot "prou " dans ses "Remarques sur la langue française " : " Prou ", écrit-il, est un vieux mot français dont plusieurs usent encore, mais que ne vaut rien pour écrire " (!) Il aurait été assurément fort surpris d'apprendre que, quelque 350 ans plus tard, ce "vieux mot " serait toujours en usage !
Mais d'où sort-il, cet étrange "prou " qu'on ne peut raccrocher à rien ? Issu du latin populaire
"prode ", il revêt en ancien français diverses formes :
prod, preu ou prou. Comme nom, il signifiait "le profit ", puis "l'abondance ", avant de servir d'adverbe avec le sens de "beaucoup ". Il aurait sans doute disparu depuis
longtemps de notre vocabulaire, si l'expression à laquelle nous
consacrons ce billet ne lui avait assuré une survie assez inexplicable !
© Daniel Burnand
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LE
ROQUE FRANÇAIS
Tout
joueur d’échecs sait qu’au cours d’une partie il a la possibilité
de roquer, c’est-à-dire de
placer une des deux tours à côté du roi, qui passera alors de
l’autre côté de la tour. Et nul n’ignore, je pense, que cette manœuvre
a pris le nom de rocade et
que l’on fait volontiers usage de ce même mot dans un sens plus large
et parfaitement compréhensible, qu’illustrera l’exemple suivant. On
évoquait récemment dans un éditorial l’éventualité d’une répartition
différente des sièges au Conseil d’Etat, en admettant qu’»une
rocade en cours de législature serait une manœuvre délicate ».
Or, chose curieuse, bien que parfaitement clair, l’emploi de ce mot
imagé dans ce contexte n’est en fait……pas français ! Eh oui !
il n’est en usage qu’en Suisse romande ! Certes, vous trouverez
le mot «rocade » dans les dictionnaires mais avec un sens
totalement différent.
En
France, en effet, le mot appartenait d’abord au vocabulaire militaire
et désignait une voie parallèle à la ligne de combat. On voyait,
semble-t-il, une certaine similitude entre le va-et-vient des troupes
sur cette voie et le croisement sur l’échiquier du roi et de la tour.
Par extension, la rocade est aujourd’hui en France une route destinée
à contourner une agglomération importante, pour en alléger le trafic.
Quant à l’action de «roquer » aux échecs, c’est «le roque »
ou parfois «le roquage ».
©
Daniel
Burnand
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PAS
PLEIN !
Madame
Ruth Dreifuss faisait l’autre jour l’éloge des activités
permettant de rester «de plein pied » dans la société », par
opposition, je suppose, aux activités qui isolent celui ou celle que
les exercent. Mais c’est uniquement la façon d’orthographier ce «plein
pied » qui retiendra notre attention.
Que
pourrait bien être la plénitude d’un pied ? Et de quoi
serait-il plein ? – Non, il y a là bien sûr confusion avec le
vieil adjectif plain, avec un
a, qui n’a pas la moindre
parenté avec son homonyme «plein ». « Plain », du
latin «planus » (plat, uni, sans inégalités) appartient à la
famille de plan, plaine ou planer. C’est
sans doute du fait de sa fâcheuse homonymie avec l’autre adjectif «plein »
qu’il a quasiment disparu de notre vocabulaire. A part un maigre
emploi dans le mot composé «plain-chant »,
qui désigne le chant à l’unisson, sans accompagnement, de la
liturgie catholique, l’adjectif «plain »
ne survit que dans la locution «de
plain-pied » (avec trait d’union), qui signifie «au même
niveau ». Au sens propre, on dira par exemple d’une pièce située
au rez-de-chaussée qu’elle donne de plain-pied
sur le jardin. Au sens figuré, «de plain-pied »
équivaut tantôt à «sans difficulté » (il est entré de plain-pied dans le monde de l’informatique) tantôt «sur un pied
d’égalité » (on le sent de plain-pied
avec les personnages les plus haut placés).
©
Daniel
Burnand
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TOUS
RESPONSABLES
«A
l’école, les élèves doivent apprendre à se responsabiliser ».
Cette phrase, relevée dans ces colonnes, m’est soumise par un lecteur
qui se demande ce qu’il faut penser de ce verbe «responsabiliser »
dont l’usage de plus en plus fréquent lui paraît contestable.
Je
comprends parfaitement ce sentiment, mais, tout bien considéré, je ne
le partage pas. Ce verbe appartient à l’impressionnante cohorte des
mots créés (avec plus ou moins de bonheur) au cours de ces dernières
décennies. Mais, contrairement à tant de vocables abusivement
empruntés à l’anglo-américain, «responsabiliser », apparu dans les années 60, est au moins un
produit authentiquement français. Il a été formé à partir de l’adjectif
«responsable » de la
même manière que les adjectifs «stable », «coupable » ou
«imperméable » par exemple nous ont fourni «stabiliser »,
«culpabiliser » et «imperméabiliser ». D’autre part, il
permet d’exprimer d’un seul mot l’action de «rendre quelqu’un
conscient de sa (ou ses) responsabilité(s). La concision y a
incontestablement gagné !
Il
est intéressant de relever à ce propos l’évolution relativement
récente de l’adjectif «responsable ».
Il y a une vingtaine d’années, il signifiait simplement «qui porte la responsabilité (de)». Mais aujourd’hui, sous l’influence
plus que probable de l’anglais, «responsable »
devient de plus en plus souvent synonyme de «raisonnable »,
«réfléchi » ou «sérieux ». Que de fois entend-on
évoquer une attitude «responsable »,
un comportement ou une décision «responsable »,
et que de fois entend-on affirmer qu’il ne serait pas
«responsable » (ou donc «irresponsable ») d’agir de
telle ou telle façon !
©
Daniel Burnand
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QU’ON
LE VEUILLE OU NON
J’écrivais
la semaine dernière que la deuxième personne du singulier de tous les
verbes se terminait «normalement » par un –s.
Et quelqu’un me demande si cet adverbe implique l’existence d’exceptions.
Eh bien oui ! Il se trouve en effet que sur les quelque 5700 verbes
que compte notre langue, il y en a ……3 qui font exception à la
règle : les verbes vouloir, pouvoir et valoir
font au présent «Tu veux »,
«tu peux » et «tu vaux ».
Puisque nous
avons mentionné le verbe vouloir,
profitons-en pour en relever une particularité qui doit assurément
constituer un cas unique dans la conjugaison des verbes français :
« vouloir » se paie le luxe de deux impératifs ! On a
d’une part les formes «veuille ! » (« veuillons ! ») ,
«veuillez ! », qui, remarquons-le en passant, ont perdu
aujourd’hui l’idée de volonté normalement exprimée par le verbe
et sont devenues de simples formules de politesse :
« Veuillez
prendre place ! » et surtout «veuillez agréer, monsieur,
……etc. » Et l’on a d’autre part les forme
«veux ! », (« voulons »), «voulez » qui
ont, elles aussi perdu leur sens premier puisqu’on ne les trouve plus
guère que dans la locution verbale «en
vouloir à qqn » : « ne m’en veux
pas ! », « ne lui en voulez pas ! ». A ces
formes courantes, certains spécialistes préfèrent «ne m’en veuille
pas ! », « ne lui en veuillez pas ! »,
formes plus élégantes et considérées comme plus correctes.
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Daniel Burnand
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Â
LA SAINT-GLINGLIN
A la suite du vote relatif
aux fameuses «bilatérales », plus d’un commentaire relevait que
si certains avaient donné leur aval aux accords en question, c’était
pour mieux renvoyer aux calendes
grecques la question d’une adhésion de la Suisse à l’Union européenne.
Que sont au juste ces calendes et pourquoi parle-t-on de calendes grecques
plutôt que turques ou portugaises ?
La première chose à préciser,
c’est que les calendes ne sont justement pas
grecques, mais romaines !
C’est en effet dans la Rome antique que le mot latin «calendae »
désignait le premier jour du mois. Et c’est précisément parce que les
calendes n’existaient pas chez les Grecs que l’expression «renvoyer
aux calendes grecques » signifie «renvoyer à une époque qui ne
viendra jamais ». C’est donc à tort qu’on assimile parfois ces
«calendes grecques » à une époque simplement lointaine ou indéterminée.
Il est intéressant de
noter que c’est du mot «calendes » que vient le mot «calendrier ».
Il est issu du latin «calendarium », qui désignait le registre où
étaient consignées les dettes, car c’était le premier jour du mois
(donc aux calendes) que devaient se payer les intérêts. Ce n’est guère
avant le Xe siècle que le mot «calendrier » a pris le sens que
nous lui connaissons aujourd’hui.
©
Daniel Burnand
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DU
COQ Â L’ÂNE
Un amusant roman fraîchement
traduit de l’américain me fournit opportunément deux phrases
comportant chacune une grossière faute d’orthographe. Des erreurs de
ce type ne sauraient donc être imputées à l’auteur : seul le
traducteur est en cause !
Voici la première phrase : « Ses longs cheveux d’un noir
de geai tombaient en vagues harmonieuses sur ses épaules ». Cette
émouvante description dénote chez le traducteur d’assez larges
lacunes en ornithologie, car le geai, bien connu dans nos régions, est
un oiseau au plumage brun-roux et aux ailes tachetées de blanc, de noir
et de bleu clair. La chevelure de la belle héroïne est en réalité
d’un noir de jais,
mot qui désigne une variété de lignite, matière dure d’un noir
brillant.
Notre deuxième phrase se veut rassurante : « Ne t’inquiètes
pas, murmura-t-il, tu verras : tout ira bien ». La faute
classique : si dans la conjugaison d’un verbe, la deuxième
personne du singulier se termine normalement par un –s,
cette règle ne s’applique pas à l’impératif. Par conséquent,
pour les centaines de verbes dont l’impératif singulier est en –e, il n’y a pas de «s » final :
chante ! nage ! ne me quitte pas ! etc. Et le fait
qu’ils aient la forme pronominale n’y change rien : ne t’en mêle
pas ! soigne-toi bien ! ne t’inquiète pas ! etc. Le «s »
ne s’impose – pour une simple raison d’euphonie – que devant les
pronoms «en » et «y » : penses-y ! profites-en !
©
Daniel Burnand
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NOMINONS !
Si
un étranger vous demandait de quels verbes sont dérivés des
substantifs comme fascination,
élimination, imagination
ou domination,
vous n’auriez évidemment aucune peine à répondre qu’il s’agit
des verbes fasciner,
éliminer, imaginer
et
dominer. On
trouverait du reste plusieurs autres exemples similaires. Mais, chose
curieuse, si l’on vous posait la même question à propos du mot «nomination»,
la réponse normale ou en tout cas logique, à savoir «nominer»,
serait à proscrire au profit de «nommer ». Pourquoi ? Tout
simplement parce que dans le verbe latin «nominare », le «i »
n’étant pas accentué, le verbe s’est peu à peu prononcé «nom’nare »
devenu en français nom’ner, nommer.
Ce
préambule correspond à une intention précise, car j’aimerais
plaider la cause d’un verbe périodiquement critiqué par les puristes :
le verbe nominer.
On sait que son participe «nominé » s’applique, dans le monde
du cinéma, aux artistes sélectionnés comme candidats à un prix
(oscars ou césars). Et l’on reproche à ce verbe d’être un emprunt
de plus à l’anglo-américain (to nominate). Je veux bien
l’admettre, mais sa formation à partir du latin en fait un verbe français
de bon aloi, parfaitement à sa place dans ce contexte. De plus, rien
dans sa graphie ou sa prononciation ne constitue une atteinte au génie
de notre langue.
© Daniel Burnand
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SI
VOUS PASSEZ OUTRE……
A propos d’un film français tout récent, on
pouvait lire l’autre jour que les dialogues étaient suffisamment
enlevés «pour qu’on passe outre les moments creux de cette comédie ».
Et le lendemain, un autre quotidien nous apprenait que la Municipalité
d’un village vaudois s’était fait vertement tancer «pour avoir
passé outre les prescriptions cantonales ». Par deux fois a été
commise la même erreur, liée à l’emploi du mot outre.
Issue du latin «ultra », qui signifie «au-delà (de) »,
la préposition «outre » peut avoir ce même sens en particulier
dans des expressions figées comme «outre-mer », «outre-tombe »,
«outre mesure (sans trait d’union !), ou alors «outre-Manche »,
«outre-Atlantique », «outre-Jura », etc. Mais le sens le
plus courant est «en plus de » :
Outre ces trois garçons, ils ont encore une petite fille. Jusque là,
l’emploi de cette préposition ne pose aucun problème particulier,
mais c’est lorsqu’elle suit le verbe «passer » que les choses
se gâtent ! En effet, si l’on sait que «passer outre »
c’est «ne tenir aucun compte (de) », on ignore parfois que
cette locution exige la préposition à :
On passe outre à une interdiction, à un ordre, à des conseils de
prudence, à des menaces, etc. Dans les deux exemples dont nous sommes
partis, il fallait donc écrire d’une part que l’on passait outre
aux moments creux de la comédie, et d’autre part que l’on avait
passé outre aux prescriptions cantonales.
©
Daniel Burnand
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