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             Côte d'Ivoire

Editoriaux de Koné Seydou journaliste à Abidjan  

Guéi comme Milosevic? (07.10.2000)
Encore un coup d'État manqué: deux morts ! (18.09.2000)
Abidjan sous la flotte...
Le cas Guéi...

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Guéi comme Milosevic?

État d'urgence, couvre-feu, enlèvements, perquisitions intempestives à domicile, arrestations arbitraires, intimidations diverses, menaces verbales, etc. voilà le plat qui est servi depuis quelques jours par le chef de la junte au pouvoir en Côte d'Ivoire, le général Guéi, et son allié du moment, le leader du FPI, Laurent Gbagbo. Et c'est à une population cloîtrée chez elle que la télévision nationale a diffusé la cassette vidéo enregistrée depuis quelques temps, dans laquelle le Président de la Chambre Constitutionnelle, M. Tia Koné, donne la liste des candidats autorisés à participer au scrutin présidentiel du 22 octobre. Le dictateur fait ainsi fi de la volonté du peuple ivoirien de choisir librement son président, de même qu'il oppose une fin de non recevoir aux préoccupations de la communauté internationale, CEDEAO, OUA, ONU, Union Européenne, France, USA confondus...

L'Etat de terreur

Depuis hier vendredi 6 octobre 2000, et jusqu'au lundi 9 octobre, l'État d'urgence a été instauré en Côte d'Ivoire. Mais bien avant, la série des arrestations avait commencée. Deux étudiants ont été défénestrés dans les résidences universitaires, et leurs cadavres brandis à la télévision nationale. Avant cela, deux soldats avaient été sacrifiés dans une mise en scène burlesque tendant à faire croire à une attaque contre la résidence du général Guéi. L'épouse du principal candidat aux élections présidentielles, Dr. Alassane Ouattara, a échappé à un enlèvement orchestré par les soldats. On ne dénombre plus le nombre de soldats portés disparus (la plupart auraient été tués), le nombre de civils enlevés. Les N° 2 et N° 3 du CNSP, les généraux Lassana Palenfo et Abdoulaye Coulibaly ont préféré se mettre en retrait pour ne pas cautionner les errements du général-président, mais ils ont été déclarés en fuite et tout indique que le potentat recherche l'affrontement, c'est-à-dire la guerre civile. Des avocats de l'État (sic) qui falsifient des documents, des responsables qui mentent effrontément, des mercenaires français recrutés à grands frais ainsi que des rebelles libériens pour se maintenir coûte que coûte au pouvoir, une télévision qui donne dans la désinformation, rien ne manque au tableau pitoyable qu'offre ce beau pays qui ne demandait pas tant.

Réaction imminente

Comment ne pas sombrer dans le chaos? C'est la question que se posent les ivoiriens aujourd'hui. Il n'est pas question de laisser un petit général de pacotille installer une nouvelle dictature en ce début de siècle. Mais comment le mettre hors d'état de nuire? L'homme ne se pose pas de question, qui continue son cinéma: chantage, prise en otage de soldats, de personnalités et de leurs familles, etc., et chaque fois qu'il intervient à la télévision, il ne manque pas d'accuser les hommes politiques de vouloir brûler le pays, tout en précisant que nous le brûlerons ensemble (sic!). Il aura donc fallu enfermer la population chez elle pour proclamer la liste des candidats aux présidentielles. Hier vendredi, au journal télévisé de 20H, les ivoiriens ont eu droit à un cinéma de deux heures de temps au moins, au cours duquel le Président de la Cour Suprême a délivré son message, rejettant, comme il fallait s'y attendre, la candidature du candidat du RDR, Dr Alassane Ouattara. Dans sa foulée, le Conseil Constitutionnel a refoulé tous les candidats originaires du Nord, confirmant ainsi ce qui couvait sous le feu depuis quelques années, à savoir, un conflit opposant le Nord à l'autre moitié du pays. Ce samedi matin, Abidjan offre le visage d'une ville morte. La population s'est repliée sur l'intérieur du pays, ceux qui en ont les moyens, y compris les européens, ont pris l'avion pour le vieux continent, quant à ceux qui sont restés, ils ont fait des provisions car les affrontements peuvent se déclencher d'un moment à l'autre, entre militaires, entre militaires et civils, et entre civils. Alors, Guéi subira-t-il le sort de Milosevic? Wait and see.

A bientôt

Koné Seydou
Journaliste, Abidjan
E-mail: koneseydou@yahoo.com 

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Encore un coup d'État manqué: deux morts !

Abidjan. Lundi 18 septembre 2000. Il est 2H du matin. Un commando assiège le domicile du chef de la junte militaire au pouvoir en Côte d'Ivoire. Le silence de la nuit est perforé de lourdes détonations. Les habitants des quartiers avoisinants l'Indénié où habite le général Guéi Robert, tremblent dans leurs lits. L'attaque dure jusqu'au petit matin.

Comment Guéi laisse la voie royale pour s'embourber.

" Il ne s'agit pas d'une (énième) mutinerie ", précise à la radio le ministre de la communication, le capitaine de frégate Henri-César Damalan. C'est déjà ça. Comme si cela changeait quelque chose. La vérité est que le peuple ivoirien est las des pitreries des hommes en uniforme. Le 24 décembre 1999, ce havre de paix connaissait un coup d'Etat, pour la première fois de son histoire. Le Comité National de Salut Public (CNSP) avait alors été accueilli en héros, parce qu'il avait débarrassé le pays de la dictature du Président Henri Konan Bédié. Les premiers mois, la Côte d'Ivoire était sur la bonne voie pour retrouver sa quiétude qui repose sur l'entente entre tous ses fils. Malheureusement, au lieu de mener la transition à bon port comme il l'avait promis, le président du CNSP a commencé à prendre goût au pouvoir. Et pourtant, la voie royale était toute tracée pour lui. Il lui suffisait de gérer la transition pour devenir un héros national, une référence internationale, et même un ambassadeur de l'ONU, quitte à chercher à revenir au pouvoir dans quelques années.

Aucune emprise sur l'armée

Toutes les grandes opérations de nettoyage de l'administration et de moralisation de la vie publique, dont la célèbre " opération mains propres " du Général Lassana Palenfo, N°2 de la junte, furent progressivement mises sous éteignoir. Les bandits à cols blancs, qui ont ruiné le pays, retrouvèrent peu à peu la parole, au fur et à mesure que le général-président se séparait de ceux qui pouvaient l'aider à mener à bien sa tâche, au grand étonnement de la population. Même le tristement célèbre Colonel Emile Constant Bombet, ancien ministre de l'Intérieur, a été blanchi. par le Président. La mutinerie des 4 et 5 juillet 2000 contribua à montrer le peu d'emprise que le général-président, par ailleurs ministre de la défense, a sur son armée, laquelle armée est aussi déçue et divisée que la population civile. C'est que le chef de l'Etat avait tronqué son treillis pour la tenue civile, et qu'il ne parlait plus de " balayer la maison ", mais " de finir d'avaler ce qu'il avait dans la bouche " (sic !). Comme par enchantement, le général de brigade Guéi Robert s'était métamorphosé en politicien. Pire, il décida de reprendre le désordre là où son prédécesseur l'avait laissé, c'est-à-dire dans la boue. Il ne cachait plus son ambition de se maintenir au pouvoir, embarquant la population dans un référendum où il fit ouvertement campagne pour le " oui ".

ADO, l'adversaire à abattre

Le " oui " au référendum était dirigé contre un individu, celui-là même que le président déchu avait essayé d'écarter par tous les moyens, le Dr. Alassane Dramane Ouattara, ADO selon ses initiales. Le leader du Rassemblement des Républicains (RDR) est en effet, depuis la mort du premier président de la Côte d'Ivoire, Félix Houphouët-Boigny, celui qui incarne le mieux l'unité nationale et la promesse d'un avenir meilleur pour le pays. Fortuné, doté d'une intelligence hors du commun et adulé du petit peuple, ADO fait peur à tous ses adversaires, depuis Laurent Gbagbo, l'éternel opposant (FPI) jusqu'à Guéi Robert, qui s'est, entre-temps,  autoproclamé " candidat du peuple ", en passant par les politiciens de moindre, envergure tels que Francis Wodié (PIT), Bamba Moriféré (MFD) ou encore Climanlo Jérôme (USD). En son temps, Bédié avait essayé par tous les moyens, de faire passer ADO pour un étranger, en l'occurrence, un Burkinabé (du Burkina Faso, pays frontalier au Nord). La république avait alors poussé le ridicule jusqu'à faire du faux ! En effet, le ministre de la Justice avait, un jour, convoqué la presse nationale et internationale pour brandir un faux certificat de nationalité d'ADO, censé être un vrai-faux, annonçant que des poursuites judiciaires allaient être engagées contre ce dernier parce que ce document avait été fait un dimanche, jour non ouvrable, par un magistrat qui n'était pas habilité à le faire. Coup de théâtre, le magistrat en question, le juge Zoro Bi Ballo Epiphane, avait pris son courage à deux mains pour répliquer que le document brandit par son ministre était un faux, et que le certificat délivré à ADO était authentique, délivré un jour ouvrable, par un magistrat habilité à le faire. A quelques mois près, ce même scénario vient de se reproduire.

La République du faux.

Le mardi 12 septembre 00, trois avocats, Mes Mondon Julien, Kossougro et Blé, se présentant comme " les avocats de l'Etat ", ont animé une conférence de presse sous haute surveillance militaire pour donner " enfin " les preuves que la mère d'ADO n'est pas sa mère, et qu'il s'est " prévalu " de la nationalité Burkinabé, autant de chose que la nouvelle Constitution définit comme des critères de non-éligibilité à la magistrature suprême. Les preuves en question : des documents photocopiés dans les bibliothèques américaines et passés au blanco, en l'occurrence, une fiche d'embarquement qui laissait entendre qu'ADO a pris le bateau à Ouagadougou en 1962 pour se rendre aux USA comme étudiant, un certificat de mariage où il est mentionné que sa mère est décédée, et un acte notarié où il achète un immeuble à Abidjan en tant que voltaïque. On apprendra par la suite, que ces avocats du diable ont perçu la coquette somme de cent millions de francs CFA pour leur peine. Quoi qu'il en soit, les avocats d'ADO dirigé par Me Emmanuel Assi n'ont aucune peine à démonter cette cabale, d'autant plus que la République de Haute-Volta (aujourd'hui Burkina Faso) n'a pas d'accès sur la mer, que la mère d'ADO est encore vivante et qu'elle a déjà témoigné sous le régime Bédié, enfin que ADO a acheté un appartement dans un immeuble et non pas l'immeuble lui-même, avait un passeport diplomatique, puisqu'il avait été délégué par Houphouët-Boigny pour diriger la BCEAO pour le compte de la Haute-Volta (Burkina Faso). En tout état de cause, et pour mettre fin à cette campagne de dénigrement, les avocats d'ADO ont sidéré la Nation en donnant l'information selon laquelle leur client avait produit un test d'ADN et qu'il était le seul candidat à avoir fourni toutes les pièces exigées par la Commission Nationale Electorale.

Bédié, Guéi et Gbagbo incapables de justifier leur filiation !

Sous Bédié, le députés avaient votés une série de loi visant à empêcher par tous les moyens l'accession d'ADO à la présidence de la République. Le général putschiste est venu enfoncer le clou en proposant au référendum une Constitution instituant la catégorisation des ivoiriens, distinguant ceux qui sont nés de deux parents ivoiriens de ceux qui n'ont qu'un seul parent ivoirien. Cette théorie d'extrême droite créée par le Parti Démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), ex-parti unique trentenaire déchu, a été reprise par le Front Populaire Ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo, pourtant membre de l'Internationale Socialiste. Sous le prétexte de vouloir empêcher que le pays ne tombe aux mains des étrangers qui constituent une forte proportion de la population, on a donné dans la xénophobie, dans la haine tribale et religieuse et dans le tribalisme, avec la bénédiction du sommet de l'Etat. Au départ, Laurent Gbagbo, devenu spécialiste de la compromission, puisqu'il a été prouvé qu'il a reçu de l'argent de Bédié pendant le " boycott actif " des élections de 1995 qui avait fait une dizaine de morts, avait encouragé Guéi, pensant que celui-ci le débarrasserait d'ADO avant de retourner en caserne. Malheureusement pour Gbagbo, le général avait d'autres ambitions. N'empêche, les journaux du PDCI, parti sur les cadres duquel le général-président exerce du chantage, ont dévoilé l'accord secret intervenu entre Guéi et Gbagbo : Guéi se maintient contre vents et marrées au pouvoir et Gbagbo devient président de l'Assemblée Nationale. Le plus triste dans l'histoire, c'est que les manipulateurs de la vie politique sont incapables de fournir les documents exigés par les ultra-nationalistes pour écarter ADO. En effet, alors que le mentor des Républicains a fourni son certificat^de nationalité, celui de son père et celui de sa mère, les autres ont produit des documents sans valeur. C'est ainsi que Henri Konan Bédié, qui tient toujours à récupérer son fauteuil depuis son exil parisien, incapable de fournir les pièces de son père (il n'en a jamais eu juridiquement) a produit un papier signé de la main du Préfet de Bongouanou (localité de l'Est), certifiant qu'il est bien ivoirien né de père et de mère eux-mêmes ivoiriens (sic !). Le général Guéi a fourni à la commission chargée de recueillir les candidatures pour les présidentielles du 22 octobre prochain des documents qui lui attribuent trois dates de naissance différentes, un père qui n'est pas son père (Tia Maurice et non Guéi Maurice ou Gueu Maurice) et une mère qui n'a pas de nom ou de prénom (puisqu'elle s'appelle uniquement Singa). Pareil pour Laurent Gbagbo qui a, si on veut bien le croire, onze ans de moins que son père ! Ainsi va la Côte d'Ivoire.

Il était une fois un stratège qui tomba dans le piège tel un niais.

De quoi demain sera-t-il fait ? " Violente question ", comme on dit ici. Avant l'attentat manqué de la nuit dernière contre sa personne, le général Guéi a eu le temps d'avertir la presse libre et son rival, ADO, que l'ère de la plume était achevée, et que l'ère de l'épée commençait. Une semaine avant, Joachim Beugré, du quotidien indépendant " Le jour " avait été copieusement molesté par les militaires, après avoir répondu à une convocation du général Guéi, suite à la publication d'un papier sur les origines du dictateur. Face à cette dérive et pour crier leur ras-le-bol devant les acrobaties de l'ancien de " Saint-Cyr et de l'Ecole de Guerre de Paris " (sic !) qui trahit régulièrement ses engagements, les journalistes ivoiriens organisent une marche de protestation le jeudi 21 septembre 2000. Car, pour tous les ivoiriens, aujourd'hui, le constat est que le stratège est tombé dans le piège de ceux que les mutins avaient chassé en décembre dernier. Depuis le chef de son protocole, l'ambassadeur Georges Ouégnin, jusqu'à ses conseillers, les anciens ministres Balla Kéita, Arsène Assouan Usher, Léopoldine Coffie ou encore Danielle Boni-Claverie, tous ceux qui devaient rendre des comptes à la Nation se retrouvent miraculeusement autour de lui. Et les mêmes causes produisant les mêmes effets, le seul " disciple d'Houphouët-Boigny " qui nous reste commet les mêmes gaffes que son prédécesseur. Ses conseillers le poussent vers le gouffre et il les écoute. Aucun doute, la " Stratégie Guéi " sera enseignée dans les académies militaires de France, d'Angleterre, des USA et de Russie.

C'était le point de l'actualité ivoirienne en ce lundi
18 septembre 2000.
A bientôt.

Koné Seydou
Journaliste, Abidjan
E-mail: koneseydou@yahoo.com 

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Abidjan sous la flotte...

Depuis quelques semaines, les abidjanais subissent... Atchoum! - Souhaits. - Merci - l'humeur, forcément maussade, des dieux de la pluie. Eh, oui! Après la chaleur caniculaire de ces derniers temps, la pluie est devenue maîtresse du terrain. Il pleut pratiquement tous les jours. Des averses aux crachins, en passant par les pluies diluviennes, tout y passe... au grand dam des commerçants qui occupent les trottoirs d'Adjamé, d'Abobo ou de Yopougon.

Les matins sont brumeux dans les quartiers populaires, ce qui n'empêche pas les travailleurs de se ruer vers les bus essoufflés de la Sotra, ou les gbakas (minibus de 15 places) pour rejoindre leurs lieux de travail. S'ils marquent un arrêt à la gare, c'est tout juste pour lire et commenter la une des journaux. Pour ne pas être trop méchant, disons que certains en achètent... Sinon, l'habitude ici consiste à lire la une des journaux et à commenter l'actualité. Pauvre presse...

Après avoir fait subir une première hausse des prix du carburant aux ivoiriens - officiellement, pour rembourser les 18 milliards de l'Union Européenne détournés par l'ancien régime - le gouvernement vient de procéder à une nouvelle hausse - officieusement, pour financer la très probable campagne du Général-Président. Une chose est sûre, on va assister à une nouvelle flambée des prix. Le carburant étant désormais passé à 500 francs CFA (5 FF) en moyenne le litre, les transporteurs sont entrés dans la danse, les médicaments ont suivi, et bientôt les prix des denrées alimentaires sur les marchés chanteront le refrain. Heureusement qu'il y a la pluie pour refroidir les ardeurs...

Koné Seydou
Journaliste, Abidjan
E-mail: koneseydou@yahoo.com 

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Le cas Guéi: stratégie militaire ou descente aux
enfers?

Un militaire dans l'arène politique, qu'est-ce que cela donne? - Assurément un dictateur, répondront certains. Le cas ivoirien, qui avait toutes les raisons d'être une exception, semble leur donner raison. En effet, au départ, il y eut un coup d'Etat sans effusion de sang dans l'une des plus vieilles dictatures du continent africain. C'était une grande première sur tous les plans. Les mutins choisirent un général "à la retraite" pour lui confier les rênes du
pouvoir, avec pour mission, de "balayer" la maison et de réconcilier les Ivoiriens avec eux-mêmes. Moins de six mois après, retour à la case départ. Le Général-Président s'est découvert des aptitudes d'homme d'Etat, et il envisage - du moins par ses actes - se présenter aux prochaines élections présidentielles.

Que s'est-il passé entre temps, pour que le Général Guéi Robert, l'homme fort de Côte d'Ivoire, retourne sa veste? Mais, l'a-t-il seulement retournée? Le problème est compliqué, et le débat, ouvert. En réalité, il est difficile de se prononcer sur ce qui se passe en Côte d'Ivoire actuellement parce que l'homme n'a jamais dit réellement qu'il comptait s'incruster au pouvoir.

Tout est parti du cabinet formé par le nouvel homme fort de la Côte d'Ivoire, celui qui est devenu depuis, "le chef de la junte militaire au pouvoir à Abidjan", preuve qu'il a perdu l'estime de la communauté internationale. Une fois la clameur qui a suivi le reversement du Président Bédié tue, et le Comité National de Salut Public (CNSP)  formé, le nouveau Chef de l'Etat, le Général de Brigade Robert Guéi, avait constitué son équipe. Première surprise, on notait la présence d'anciens barrons du pouvoir déchu, tels que l'ancien Secrétaire Général du gouvernement et l'ancienne ministre-présidente des femmes du Parti Démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI-RDA), Mme
Léopoldine Coffie, dans le cabinet du Président de la République. Ces nominations ont fait tiquer beaucoup d'Ivoiriens. En effet, pourquoi faire appel à une partie des gens qui viennent d'être "dégômmés", alors que leurs collègues sont encore en fuite?

Deuxième alerte, le cabinet du nouveau ministre de la justice est formé avec les magistrats les plus décriés du temple de Thémis, ceux-là même qui prostituaient la justice pour des billets de banque... On ne comprend plus la logique du nouveau pouvoir. Se succèdent alors les scénarii les plus rocambolesques: on commence à  arrêter les anciens pontes du régime défunt, on les humilie, on les enferme à la MACA (la prison civile d'Abidjan), on les traîne au tribunal où on les accuse pour des broutilles, occultant - volontairement ??? - ce qu'on leur reproche réellement, ... et on les blanchit. A la surprise générale. Ainsi, quelques jours après avoir séjourné au camp militaire d'Agban ou à la MACA, Laurent Dona-Fologo, Emile Constant Bombet et autres ont-ils repris du service, allant même jusqu'à narguer la population par leurs apparitions tonitruantes dans la presse. Mieux - ou pire? - le premier gouvernement est dissout après trois mois, le temps de débarquer les ministres du Rassemblement des Républicains (RDR) et leurs alliés, et un nouveau gouvernement de transition, formé, doté en prime d'un Premier ministre.

Troisième alerte. En tournée à Korhogo (Nord), le Général Guéi brandit 4.000 "fausses" cartes nationales d'identité et affirme détenir les preuves que le RDR
est en train de préparer une fraude massive aux élections. En réalité, il apparaîtra plus tard, que ces cartes - en réalité, de vraies cartes d'identité - délivrées au temps où le PDCI était aux affaires, avaient été soustraites des bureaux du Centre d'Identification Sécuritaire par les hommes de son Conseiller militaire, M. Lida Kouassi Moïse, par ailleurs Secrétaire National à la Sécurité du Front Populaire Ivoiren (FPI). Dans le même temps, Laurent Gbagbo, leader du FPI, annonçait également en public que des policiers étaient allés lui remettre 5.000 fausses cartes d'identités qu'ils avaient arrachés en ville. Personne ne s'étonne du fait qu'un leader de parti politique se donne le pouvoir de faire du recel de pièces administratives... impunément. Tout juste le patron du CIS et le ministre de l'Intérieur qui invitent les gens à moins de passion parce que la fraude existe dans tous les pays du monde, et qu'en réalité, elle n'atteint pas 1%, contrairement aux rumeurs de "fraudes massives".

Quatrième alerte, et alors qu'on s'y attendait le moins. L'attention de la population est focalisée sur le scandale qui éclabousse Laurent Gbagbo, le leader du Front Populaire Ivoirien. Un quotidien de la place, Le Patriote, révèle, que "l'opposant historique" avait été acheté à 5 milliards de francs par le Président Bédié et qu'il émargeait à la Société Ivoirienne de Raffinage (SIR), l'une des plus grosses boîtes de la place et l'une des caisses noires du régime. Le Général invite les membres du corps diplomatique ... et se lance dans une attaque directe contre Alassane Ouattara, le leader du Rassemblement des Républicains (RDR) et candidat déclaré aux futures élections présidentielles. Il l'accuse d'avoir essayé d'attenter à la surêté de l'Etat et affirme en détenir les
preuves. Surprise générale. Mais aussi, coup d'envoi d'un spectaculaire remake. De nouveaux  journaux sont créés par les anciens barons du régime qui s'allient, pour la circonstance, avec le FPI pour agresser le mentor du RDR. Des procès d'intention aux agressions xénophobes les plus graves, tout y passe. Alassane Ouattara est traité d'étranger et son parti, de parti d'étrangers voulant arracher la Côte d'Ivoire aux "vrais ivoiriens". La situation sociopolitique vire au rouge: elle est exactement la même qu' au soir du règne du Président Bédié. Tout est "mélangé". La haine religieuse et tribale refait surface. C'est le Nord contre le Sud. C'est les Dioula contre les Akan. C'est les musulmans contre les chrétiens. Mais une fois n'est pas coutume, les nordistes, longtemps vilipendés, marginalisés et traités d'étrangers alors qu'ils sont les premiers habitants de cette terre, se resserrent les coudes et font front commun contre l'agresseur. Résultat, le FPI perd toutes ses bases au Nord, les élus PDCI virent au RDR et le parti d'ADO (initiales de Ouattara) fait une percée dans le Sud. La tension devient perceptible, et les investisseurs étrangers s'interrogent. L'OUA - qui est sur le point de rendre l'âme au profit des "Etats Unis d'Afrique" fait savoir à l'avance qu'elle se passerait bien de la présence de la Côte d'Ivoire à son prochain - et dernier ?- sommet.

Le jeudi 22 juin 2000, en début d'après-midi, vent de panique sur Abidjan. Des échanges de coups de feu entre soldats aux abords de la Maison de la Télévision à Cocody provoquent un arrêt des émissions des chaînes de radiodiffusion et de télévision nationales et la débandade dans les rues d'Abidjan. Tout le monde rentre s'enfermer chez lui parce que la rumeur a vite fait de faire le tour d'Abidjan pour annoncer un second putsch militaire. Qu'en est-il exactement? Pour l'heure, on se perd en suppositions. Toujours est-il que le parcours du Général, devenu bien tortueux en moins de six mois, expliquerait bien de choses. Surtout lorsqu'on se souvient que l'une des premières actions menées par les mutins après avoir renversé Bédié avait été d'ouvrir grandes les portes de la MACA où étaient détenus de nombreux responsables du RDR, et ceci, pour éloigner le spectre de la guerre civile. Le Général est-il devenu si oublieux qu'il ne sait pas que tremper dans les magouilles pour disqualifier le candidat du RDR risquerait au moins de provoquer la guerre civile, ou, au pire d'entraîner la sécession et donc la naissance d'un nouvel Etat, à l'heure où le monde évolue vers l'intégration?

Le véritable problème est que le Dr. Ouattara est assuré selon les sondages, de remporter haut les mains les élections au premier tour devant n'importe lequel de ses adversaires. Et s'il passe, le pouvoir échappera au reste du pays pour s'installer pendant longtemps au Nord. S'il passe, aucune "Commission Vérité-Réconciliation" n'empêchera les auteurs des magouilles financières qui ont ruiné le pays de rembourser. S'il passe, la Côte d'Ivoire s'engagera enfin sur le chemin du développement. Et cela, nombreux sont les caciques qui n'en veulent pas. Apparemment, le Général est de ceux-là. A moins qu'il ne soit en train d'appliquer sur le terrain politique une stratégie apprise à l'Ecole de Guerre de Paris: jouer le jeu pour amener l'ennemi à se dévoiler, et alors, frapper la cible en plein cour. Tout est possible. Il avait dit qu'il a les mêmes aptitudes que ses pairs des pays voisins qui se maintiennent au pouvoir, mais qu'il est un homme de parole et qu'il quittera le pouvoir à la fin de la transition. Pourquoi ne pas le croire malgré les apparences?

Koné Seydou
Journaliste, Abidjan
E-mail: koneseydou@yahoo.com 

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31 décembre et passage à l'an nouveau à Abidjan:
la fête continue!

Une semaine après le renversement du régime du Président Bedié, les militaires achèvent de prendre la mesure du terrain. Il faut dire qu'ils sont aidés en cela par les voeux de la population toute entière qui ne sait comment leur témoigner sa reconnaissance. Dans son adresse à la Nation, le Président Guéï Robert, avec une galanterie qui surprend chez un militaire, a présenté les excuses de l'armée à la population en général et aux religieux en particulier pour avoir perturbé cette période hautement spirituelle. Quant à la communauté internationale, les nouvelles sont plutôt bonnes, car elle n'est pas prête à prendre de nouvelles sanctions contre la Côte d'Ivoire.

La main sur le coeur, le nouveau Président de la République de Côte d'Ivoire, avec une courtoisie qui n'est pas sans rappeler feu le Président Félix Houphouët-Boigny, le "père de l'indépendance", a profité du nouvel an pour présenter ses excuses à la Nation pour les désagréments qu'ont pu provoquer ses soldats pendant le putsch du 24 décembre. En effet, outre le fait que de nombreux véhicules civils avaient été réquisitionnés pour patrouiller à travers la ville d'Abidjan, les ambassadeurs du Canada et de la Grande Bretagne avaient été bousculés par les hommes de main du Président déchu vêtus de tenues militaires pour semer la confusion. En outre, des bandits de grand chemin avaient également profité de la situation pour enfiler des treillis et piller des magasins. Des éléments incontrôlés de l'armée ont également profité de la situation pour arrêter quelques-uns uns des journalistes qui s'étaient fait les porte-parole des incendiaires de l'ancien pouvoir. Après des interventions, ces derniers ont été remis en liberté. Le premier bilan qui peut être fait est le suivant. Le Président déchu et certains de ses proches dont l'ancien ministre des Finances ont pu sortir du pays avec des milliards de francs. 

Ce qui complique davantage la situation puisque, on le sait, les caisses de l'Etat sont vides depuis longtemps. Certains dignitaires de l'ancien régime se cachent toujours. Ceux qui avaient été arrêtés et maintenus au camp militaire d'Agban à Abidjan ont été pour la plupart relâchés. Seuls les plus dangereux sont maintenus dans les lieux de la détention. La CEDEAO (communauté économique de l'Afrique de l'Ouest) qui s'était réunie en catastrophe pour la circonstance à Bamako (Mali), tout en condamnant le coup d'état pour la forme, et après avoir écouté un émissaire du Président déchu (M. Bandama N'Guatta, ancien ministre de la Défense) a décidé de ne pas prendre de sanction contre le nouveau régime. Même son de cloche en France, aux USA, en Russie, au Nigéria et en Afrique du Sud qui se déclarent prêts à collaborer avec le nouvel homme fort d'Abidjan. Tout au plus, fait-on obligation aux militaires de fixer un calendrier pour le retour à la légalité constitutionnelle. Bref, ici aussi, la sagesse et le réalisme ont primé sur l'application des principes.

Sur le plan intérieur, le Chef de l'Etat a encore une fois demandé aux uns et aux autres de pardonner afin que les criminels à cols blancs qui étaient prêts à transformer la Côte d'Ivoire en un autre Rwanda puissent réintégrer la société. A ceci près qu'ils ont tous été révoqués de leurs postes et qu'ils devront répondre notamment des crimes économiques qu'ils ont commis. Aux religieux, Le Général Guéï a également présenté ses excuses. Catholique lui-même, il a demandé pardon au chef de l'église de Côte d'Ivoire, Mgr Bernard Agré, pour avoir sérieusement perturbé par l'instauration du couvre-feu la veillée de Noël. Aux musulmans également, qui sont en plein mois de Ramadan ponctué par de longues prières communes la nuit, il a présenté les excuses des soldats qui veillaient à l'application du couvre-feu. 

Ceci étant, et n'en déplaise au Général-Président, en réalité, la population a royalement boycotté le couvre-feu. Tout d'abord parce que c'était la première fois de son histoire qu'elle vivait un coup d'état, et ensuite, parce qu'elle était tellement contente d'être débarrassée du dictateur qui l'opprimait qu'elle était impatiente de fêter. Inutile de dire dans ces conditions que le 31 décembre était attendu de pied ferme. A Abidjan comme dans toutes les villes du pays, les restaurants, bars, maquis et autres boîtes de nuit ont refusé du monde de vendredi à dimanche nuit. Partout les gens sont sortis en famille, certains pour célébrer la chute du dictateur, d'autres pour accueillir la nouvelle année et le nouveau siècle. Que n'avait-on pas dit sur l'an 2000 ici? Ceux qui avaient prédit la fin du monde ne faisaient plus parler d'eux depuis longtemps déjà. 

On craignait également le bogue à tel point qu'on avait prédit que les téléphones cellulaires s'arrêteraient, ainsi que les ordinateurs, et qu'il y aurait des coupures généralisées de l'eau, de l'électricité, du téléphone, etc. Rien de tout ceci ne s'est produit ici et pour cause. Le faible taux d'automatisation des infrastructures en général a fait qu'en fin de compte, la Côte d'Ivoire en particulier et l'Afrique en général n'étaient pas trop concernés par le passage à l'an 2000. Le Directeur de l'ASECNA (sécurité aérienne) a même ironisé en disant que de nombreux passagers auraient préféré se trouver en Afrique en cette période. Les Ivoiriens se sont éclatés au maximum pendant les fêtes de fin d'année. Dans les mosquées et les églises, tous ont prié et remercié Dieu pour avoir soutenu la Côte d'Ivoire et l'avoir empêché de basculer dans la guerre civile. Ceux qui ne sont pas allés se recueillir se sont retrouvés entre amis ou en famille pour manger, boire et danser. Pétards, feux d'artifice, Klaxons et ... rafales de mitraillettes ont accueilli la nouvelle année dans l'allégresse. 

Les oeuvres des artistes musiciens engagés se vendaient comme des petits pains, eux qui étaient hier encore censurés: Alpha Blondy, Tiken Jah, Meiway, Serges Kassy, Yodé, Fadal Dey, etc. Autre fait nouveau, on n'a pratiquement pas déploré de cas d'insécurité. Tout le monde fait confiance aux militaires pour remettre le pays sur les rails, comme tout le monde ici a foi en l'avenir.

Koné Seydou
Journaliste, Abidjan
E-mail: koneseydou@yahoo.com 

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